La conscience existe en dehors du corps - Dr Pim van Lommel
Le Dr Pim van Lommel, cardiologue hollandais,s’est spécialisé dans la recherche sur la mort - interview
Les gens au seuil de la mort racontent de plus en plus leurs expériences de sortie hors de leur corps. Quelle est la valeur scientifique de ces rapports ? Michael Oort a rencontré pour le Monde du Graal le cardiologue Pim van Lommel, né en 1943, qui a fait sa propre recherche très complète sur les NDE.
Interviewer Michael Oort
MdG : Dr Pim van Lommel, vous êtes cardiologue et avez étudié pendant de nombreuses années ce que nous appelons les expériences de vie après la mort (NDE). Qu’est-ce qui vous a décidé à vous en préoccuper ?
Pim van Lommel : J’ai entendu parler des NDE pour la première fois en 1969. À l’époque, lors des réanimations, il n’y avait pas de mot pour ce phénomène. Les premiers articles sur le massage cardiaque et le choc électrique de défibrillation datent de 1962. Les unités de soins cardiologiques n’ont été créées dans les hôpitaux qu’en 1967, et ce n’est qu’à partir de cette date que les patients en arrêt cardiaque ont pu être réanimés avec succès. Jusque-là tous les patients qui faisaient un arrêt cardiaque mouraient !
MdG : Nous ne connaissons plus cela de nos jours...
Pim van Lommel : J’étais en formation quand un patient fut réanimé avec succès. L’infirmière, et moi en tant que docteur de service, nous fûmes heureux de ce succès. Cependant, le patient lui fut déçu, et nous raconta ses expériences : lumière, tunnel, musique et paysages magnifiques. Je n’ai jamais oublié sa description, mais je n’ai pas fait de recherches, jusqu’à ce que je lise en 1986 le «Retour de l’au-delà» de George Ritchie. Il décrit comment, alors qu’il étudiait la médecine en 1943, il attrapa une pneumonie et en mourut.
Un étudiant fut tellement horrifié d’entendre qu’il venait d’être déclaré mort, qu’il persuada le médecin de lui faire une injection d’adrénaline directement dans le coeur, ce qui était inhabituel à l’époque. Plus de 9 minutes après sa mort, George Ritchie se réveilla, et il put écrire bien plus tard un livre sur les NDE. Il fit un exposé à l’université, et l’un de ses propres étudiants,
Raymond Moody, fut tellement enthousiaste qu’il commença lui-même à recueillir de tels témoignages. En 1975 il publia à son tour «La vie après la vie», et ce fut lui qui inventa l’expression «NDE».
Après avoir lu leurs livres, j’ai commencé en 1986 à questionner systématiquement mes patients. En deux ans, j’ai questionné environ 50 survivants d’arrêt cardiaque et j’ai recueilli 12 récits de NDE. Puisque, pour la science médicale moderne, ces choses étaient impossibles, j’ai commencé en 1988 avec quelques collègues à faire une étude prospective sur les NDE, en incluant tous ceux qui avaient survécu à un arrêt cardiaque, et qui seraient morts s’ils n’avaient pas été réanimés dans les 5 à 10 premières minutes. Sur une période de quatre ans, nous avons interviewé 344 patients dans 10 hôpitaux, en vue de découvrir une explication aux NDE.
MdG : Y a-t-il eu d’autres recherches ?
Pim van Lommel : Ensuite, nous avons commencé une étude à long terme, dans laquelle les patients furent réinterrogés systématiquement deux et huit ans après leur NDE. Nous avons comparé ces résultats avec ceux d’un groupe de patients qui avaient eux aussi survécu à un arrêt
cardiaque mais sans souvenirs de NDE. Ainsi nous avons pu déterminer si les changements de vie effectifs accomplis par les personnes ayant
vécu une NDE étaient liés à l’arrêt cardiaque, ou plutôt à la NDE.
Le résultat de cette étude fut publié en 2001 dans le journal «The Lancet» et montrait que les théories avancées pour expliquer les NDE - le manque d’oxygène, la peur de la mort, les drogues, les hallucinations ou même l’affabulation - étaient totalement fausses. Que quelqu’un soit « parti » pendant 30 secondes ou 3 minutes, qu’il ait peur de la mort ou non, qu’il connaisse auparavant l’existence des NDE ou pas, n’a aucune importance. Même la foi, l’éducation, la race ou le sexe n’entrent pas en ligne de compte.
Une seule chose est remarquable : la NDE se produit le plus souvent avec de jeunes patients et dans le cas où le patient doit être réanimé plusieurs fois. Les statistiques montrent que la personne qui a déjà fait une NDE est plus à même d’en vivre une autre. Nous avons aussi établi que le patient doit avoir une bonne mémoire pour être en mesure de relater son expérience.
MdG : Ces découvertes contrediraient elles les attentes que vous aviez en tant que médecin ?
Pim van Lommel : Non, car je n’avais aucune attente. Je pouvais seulement établir que toutes les théories qui existaient jusqu’à présent étaient fausses et que la science médicale moderne n’avait pas d’explication pour les NDE. Selon les conceptions actuelles, la conscience est un produit du cerveau - or, c’est une hypothèse qui n’a jamais été prouvée.
Mais presque tous les neuroscientifiques, psychologues, et philosophes assument ce modèle matérialiste qui prétend que la conscience est un sous-produit du cerveau fonctionnel. Si ce concept était correct, il ne se produirait pas de NDE au moment de la perte de conscience, quand le coeur s’arrête, que la respiration cesse, que les réflexes disparaissent et que le cerveau ne répond plus. Il est pourtant étonnant que la conscience soit plus intense et active pendant une NDE que durant un état de veille «normal».
Les souvenirs sont encore plus nombreux, ils donnent l’impression qu’on est relié à tout, et ils provoquent parfois des visions du futur. Il est possible de percevoir l’au-delà et ce qui est hors du corps, de rencontrer des connaissances ou des amis décédés et même des êtres dont la mort n’était pas connue de l’intéressé. Ces gens font l’expérience d’un amour et d’une acceptation absolus, inconditionnels, et ils font la rencontre d’une lumière ou d’un être.
Beaucoup de ces éléments sont universels, ils ont été mentionnés de tous temps dans l’histoire de l’humanité et dans toutes les cultures, mais nous en entendons beaucoup plus parler de nos jours parce qu’on survit plus souvent aujourd’hui aux arrêts cardiaques. Des études montrent qu’en Occident 4,2% des gens ont vécu une NDE ; en France, ils sont 2,5 millions, 3 millions en Allemagne.
MdG : Pouvons-nous dire que, maintenant, il est scientifiquement prouvé que la conscience humaine existe en dehors du corps ?
Pim van Lommel : Oui, je pense que c’est la seule chose que l’on peut vérifier, mais nous ne pouvons pas prouver qu’elle continue à exister après la mort. Cependant, je maintiens que c’est très probable, car nous avons montré que les personnes restent très conscientes même sans afflux de sang dans le cerveau.
Quand le coeur s’arrête, il y a perte immédiate de conscience, la circulation sanguine vers le cerveau est pratiquement nulle en une ou deux secondes. 15 secondes après, le cortex cérébral cesse de fonctionner ; les réflexes corporels disparaissent, l’activité du tronc cérébral et du cortex cérébral n’existent en effet jamais après un arrêt cardiaque. Or, paradoxalement, une conscience encore plus claire est présente et se manifeste après l’arrêt cérébral.
MdG : Les matérialistes pourraient avancer que pour ces patients, il existe peut-être une activité cérébrale cachée ...
Pim van Lommel : Une telle activité qui ne serait pas mesurable n’a aucun intérêt, car il s’agit d’une activité - selon la science - qui est nécessaire pour expérimenter la conscience. Cette activité entre le tronc cérébral et le cortex cérébral n’a jamais existé dans un arrêt cardiaque, et, je le répète, paradoxalement, une conscience encore plus claire est présente pendant l’arrêt de l’activité cérébrale !
MdG : Que pensez-vous du concept «âme» ? Pouvons-nous dire que l’âme est le siège de la conscience ?
Pim van Lommel : Délibérément, je n’utilise pas les termes «âme» et «esprit», car chacun a sa propre idée à ce sujet, ce qui peut facilement prêter à confusion. Je souhaite simplement souligner que la conscience existe à différents niveaux et que tout est interconnecté.
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