Désastres financiers - les crises financières depuis 1929
Si l’être humain veut atteindre et
maintenir de manière globale l’harmonie
dans les relations humaines
ainsi que dans tous les domaines de
la vie sociale, il ne peut laisser de côté
le principe créateur fondamental qui
exige qu’il y ait toujours équilibre
entre le donner et le recevoir.
C’est
un absolu. Le non-respect de ce
principe est source de disharmonie
qui, à son tour, engendre envie, jalousie,
haine, oppression, exploitation
et tyrannie.
Les catastrophes financières dans le passé, le présent et le futur
L’usage qui est fait de l’argent
devrait en fin de compte refléter
la valeur réelle des produits et des
services échangés. La seule fonction
de l’argent serait de servir de moyen
d’échange dont la valeur nominale
correspondrait autant que possible à
la somme : marchandises plus services
et transactions effectués. En
tant que mesure, sa valeur devrait
être stable, donc comme les mesures
de longueur et de poids, non soumise
à l’inflation. Peut-on imaginer que la
longueur du mètre, la masse du
gramme ou la capacité du watt doive
être redéfinie quotidiennement ou
qu’elle soit sujette à une inflation
plus ou moins importante !
De plus, la valeur travail devrait
toujours jouer le rôle central par rapport
à l’argent. Or le système des intérêts
est contraire à cette nécessité.
Rappelons-nous à ce sujet les faits
essentiels :
Les plus gros revenus sont actuellement
obtenus dans une très
large mesure sans travail, en tant que
revenus d’intérêts, c’est-à-dire sans
que les bénéficiaires aient à fournir
un travail en échange. Le travail qui
génère ces intérêts est effectué par
des tiers, majoritairement par des
personnes pauvres ne recevant aucune
rémunération.
Viennent ensuite les revenus des
personnes qui en font travailler d’autres
en échange d’une rémunération.
Ce cas peut être considéré comme
étant dans l’ordre des choses lorsque
la rémunération est équitable. Or, la
tendance penche plutôt vers une rémunération
insuffisante pouvant
aller jusqu’à l’exploitation.
Les revenus les moins élevés sont
habituellement obtenus par ceux qui
travaillent réellement, et garantissent
par leurs activités le fonctionnement
de la société.
La croissance explosive de la
masse monétaire, sous l’effet des intérêts
composés, fait en sorte que les
monnaies ne représentent plus une
mesure ou un point de repère fiable
et stable.
Cet état de choses constitue un
phénomène social extrêmement malsain,
puisque les revenus d’intérêts
obtenus sans aucun travail effectué
en contrepartie et s’élevant dans certains
cas à des milliards – avec les
dettes équivalentes à l’autre bout –
font de l’argent un instrument de
pouvoir abusif de premier ordre qui
se concrétise par l’exploitation et
l’oppression.
Aujourd’hui comme par le passé,
les causes des crises financières sont
créées de manière quasiment continue,
même si les conséquences du
mauvais usage de l’argent ne se manifestent
pas dans l’immédiat, mais
seulement après un certain temps
pendant lequel elles s’accumulent et
se concentrent à l’instar du processus
qui précède l’éclatement d’un
orage électrique.
Nous allons par la suite analyser
quelques-unes des crises financières
et des mauvaises directions prises au
cours du passé et du présent ainsi
que les problèmes futurs prévisibles
qui en découlent.
Les grandes crises monétaires du
XXe siècle furent causées en premier
lieu par la création d’une masse monétaire
démesurée, tandis qu’à notre
époque et dans un futur prévisible,
l’effet néfaste sur le système monétaire
provient de la croissance exponentielle
des fortunes monétaires,
due essentiellement aux intérêts
composés.
La crise monétaire mondiale à partir de 1929
La grande inflation de 1923 en
Allemagne avait profondément traumatisé
la population et comme c’est
souvent le cas, le boomerang revint
quelques années plus tard sous la
forme d’une catastrophe financière.
L’écroulement du système monétaire
existant présentait une occasion
historique d’introduire un système
monétaire différent et meilleur. Mais
personne ne saisit cette opportunité.
Le besoin d’une monnaie stable était
si grand qu’on créa, dans l’espoir de
rétablir la confiance dans l’argent, le
«Rentenmark», une monnaie liée à
la valeur du sol et des terrains.
C’est à ce moment que les États-
Unis d’Amérique entrèrent en jeu.
En tant que gagnants économiques
de la Première Guerre mondiale, ils
disposaient au niveau mondial des
plus importantes réserves d’or et
avaient donc un grand intérêt à ce
qu’un maximum de pays retournent
à une monnaie couverte par l’or, ce
qui était absolument insensé. Sous la
pression des États-Unis, on fixa en
Allemagne à 3 pour 1 le rapport papier
monnaie/or.
Comme toujours après une
guerre, l’économie florissait également
en Allemagne dans les années
20, dites années dorées, où il fallait
tout reconstruire. L’argent nécessaire
pour cette reconstruction était couvert
par des crédits et des apports en
or américains et personne ne semblait
vouloir voir l’importante dépendance
face aux États-Unis que
cela généra.
Ce jeu dangereux prit fin en 1929,
au moment du fameux crash boursier
connu sous le nom de «vendredi
noir», lorsque de nombreuses affaires
basées sur des spéculations et financées
par des crédits connurent une fin
subite, entraînant la population et de
nombreuses banques dans la faillite.
Les États-Unis ont par la suite
annulé les crédits accordés et rapatrié
une grande partie de leur or, forçant
ainsi l’Allemagne à retirer du circuit
économique la triple quantité de billets
de banque correspondante, ce
qui créa une pénurie monétaire et
causa l’écroulement de son économie.
L’interdiction d’un miracle
Argentier de Charles VII, Jacques Cœur (1395-1456) rétablit la confiance dans la monnaie. Son éphigie sur les billets de 1941 s’accompagnait de sa devise : « A ceurs vaillans, riens impossible ».
Au milieu des effets néfastes de la
crise économique mondiale germait
en Autriche, dans la petite ville de
Wörgl au Tyrol, l’inspiration qui aurait
pu donner la plus grande et la
plus importante réforme monétaire
de l’histoire.
Concrètement, le maire de la ville
de Wörgl utilisa le principe du réformiste
Silvio Gesell qui proposait
la création d’un nouveau système
monétaire basé sur deux conditions :
1. La masse monétaire devait
être fonction du développement du
produit national.
2. Les intérêts accordés pour les
masses monétaires thésaurisées devaient
être supprimés et une pénalisation
monétaire sur les montants
d’argent accumulés devait être introduite,
afin d’en assurer la circulation.
À Wörgl, l’application de ce système
consistait à coller mensuellement
sur chaque billet de banque
libre un timbre équivalant à 1 % de
sa valeur nominale afin de garantir sa
validité. Si par exemple une personne
retenait un billet de 100 Schillings
durant un an, il lui en coûtait 12
Schillings qu’elle devait rembourser
à la caisse communale en faveur de la
collectivité.
Bien entendu, pour éviter de
payer cette taxe, la majorité des habitants
de la ville dépensaient l’argent
aussitôt reçu, et nombreux
étaient ceux qui payaient même leurs
taxes municipales d’avance. De cette
manière fut résolue de façon idéale la
circulation continue de l’argent,
condition indispensable au bon fonctionnement
de tout système monétaire.
Ce qui, de prime abord, peut
paraître fort théorique, se mit à
porter rapidement ses fruits sur le
plan concret : le chômage baissa au
cours d’une seule année de 25 %, la
vie économique reprit son essor, la
misère diminua considérablement et
un nouvel espoir commença à germer.
La ville fut même en mesure de s’offrir
un nouveau pont, tandis que partout
dans les environs proches et lointains la
économisère
persista avec la même intensité.
Une centaine de communes autrichiennes
ainsi que des personnes de
partout dans le monde s’intéressèrent
au modèle financier de Wörgl, étant
donné son succès si évident et si
frappant. Mais ce fait dérangeait
fortement la banque centrale autrichienne
qui porta plainte en justice,
en invoquant son monopole en matière
d’émission et d’approvisionnement
monétaire, et eut gain de cause.
Le «miracle de Wörgl» fut interdit,
non parce qu’il fut un échec, mais
parce qu’il fut un trop grand succès !
L’argent et le pouvoir durant le national-socialisme
Est-il juste d’établir un rapport
entre la prise de pouvoir des nazis et
la Deuxième Guerre mondiale et le
système monétaire ? C’est tout à fait
juste. Un peuple vivant dans un bienêtre
économique et social aurait-il eu
tendance à nourrir des forces extrémistes
et à déclencher une nouvelle
guerre si peu de temps après en avoir
perdu une ? Certainement pas.
Ainsi l’Allemagne se trouva de
nouveau à terre, avec des millions de
chômeurs qui devaient leur sort
quasi exclusivement à un système
monétaire erroné dans lequel la valeur
de la monnaie était reliée à l’or.
À ce sujet, Bernd Senf, l’auteur
du livre «Der Nebel um das Geld»
dit que l’aveuglement des hommes et
des partis politiques, ainsi que des
spécialistes en matière de politique
monétaire, généra un vacuum que le
national-socialisme a su occuper avec
un succès sans égal grâce à sa propagande.
Mis à part le slogan «Brisez les
chaînes de Versailles», ce fut surtout
le programme visant la réduction du
chômage des masses qui attira un
grand nombre de personnes et leur
donna un nouvel espoir.
La réduction rapide du chômage –
dont parlent encore aujourd’hui
avec enthousiasme et nostalgie bon
nombre de personnes âgées, ainsi
que beaucoup de néo-nazis – n’a pas
été un exploit particulier du nationalsocialisme,
mais plutôt le résultat
d’une des multiples façons de financer
une guerre. Les nazis ont tout simplement
augmenté la masse monétaire
par l’émission de nouveaux billets de
banque afin d’offrir des emplois à
l’armée des chômeurs, par exemple
dans la construction d’autoroutes et
dans l’industrie de l’armement, ce qui
constituait en fait des préparations
stratégiques.
L’inflation créée par cette façon
de procéder fut endiguée de force, en
particulier en exigeant des salaires et
des prix fixes. Les conséquences se
manifestèrent seulement après la fin
de la guerre et imposèrent la nécessité
d’une autre réforme monétaire.
Dans la réforme de 1948, lors de laquelle
fut introduit le Deutschmark
(DM), le taux de change était de
10 pour 1. Cela signifie que les nazis
avaient réussi à camoufler durant les
quelques années où ils étaient au
pouvoir une inflation de plusieurs
centaines de pour-cent, ce qu’on ne
peut guère considérer comme un exploit
digne d’admiration. Sans parler
de l’expropriation et de l’assassinat
d’innombrables juifs, ce qui leur
donna de la façon la plus inhumaine
accès à une autre source monétaire.
La conférence monétaire internationale de Bretton Woods
Certaines décisions cruciales
ayant un impact à long terme sur
l’ensemble de la planète sont souvent
prises en comité secret restreint et à
l’insu de la population concernée.
Une de ces réunions décisives
exerçant ses répercussions jusqu’à
nos jours fut la conférence monétaire
internationale qui a eu lieu en 1944, à
Bretton Woods aux États-Unis.
L’objectif de cette conférence fut
en soi louable et nécessaire, puisqu’il
s’agissait de déterminer des taux de
change stables entre les monnaies.
Deux suggestions se trouvaient à
l’ordre du jour : celle de l’Anglais
John Keynes et celle de l’Américain
Harry White. Considérée objectivement,
la suggestion de M. Keynes
était la meilleure des deux : il proposait
la création d’une monnaie étalon
fictive appelée Bancor, qui devait servir
de référence pour les autres monnaies.
Mais sous la pression des
États-Unis fut adopté le plan White
qui fit du dollar américain la monnaie
dominante couverte par la valeur
de l’or correspondant à 35 $ par
once d’or fin. Les autres monnaies se
retrouvaient ainsi assujetties au dollar
américain. En 1952, lorsque
l’Allemagne rejoignit l’accord de
Bretton Woods, le rapport DM/$US
fut fixé à 4 pour 1. Dès que la demande
en dollars baissait sur le marché
mondial des finances, les banques
centrales des pays signataires étaient
obligées d’acheter les montants respectifs
de dollars, ce qu’on appela élégamment
«le devoir d’intervention des
banques centrales sur le marché des
devises».
Ce devoir d’intervention ne signifiait
en réalité rien d’autre que
l’obligation pour les pays signataires
de convertir les quantités nécessaires
de leur monnaie en dollars afin de
préserver la valeur de ce dernier. Si les
États-Unis avaient mené une politique
monétaire responsable et stable,
la connexion des autres monnaies au
dollar aurait encore pu être considérée
comme acceptable, mais tel
n’était pas le cas. Déjà durant la
guerre du Vietnam, les États-Unis
ont commencé à augmenter l’émission
de leur monnaie, et puisque tous
les pays liés aux accords de Bretton
Woods étaient obligés de racheter
des dollars coûte que coûte, une
grande partie des frais militaires fut
en fait transférée sur ces pays, ce qui
les fit participer involontairement
aux atrocités de cette guerre.
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