Éveiller les qualités de coeur chez les adolescents
La violence est-elle innée, ou bien l’être humain est-il soumis à
l’influence de son environnement ? Question vieille comme le
monde, et qui depuis les Grecs, en passant par les stoïciens, pour
arriver jusqu’à Kant, en a préoccupé plus d’un. Si vraiment la
violence était simplement innée, tous les efforts des parents et
des enseignants seraient infructueux. Mais en est-il ainsi ?
Devant les actes terribles de plus en plus nombreux commis par
des jeunes, le professeur Dieter Malchow, rédacteur du Monde
du Graal, s’est penché sur cette question délicate. Il indique
des moyens qui pourraient stopper la montée d’une violence
toujours plus grande dans notre société.
On sait depuis longtemps
qu’il y a parfois des brebis
galeuses dans les familles.
Malgré une éducation identique et
le même entourage, les enfants présentent
de considérables différences
dans leur comportement social.
Cela démontre entre autres que certains
viennent au monde avec une
prédisposition à la violence. Par
ailleurs, de nombreuses recherches
scientifiques montrent que l’environnement
participe également
beaucoup à son développement.
Influence de la télévision
Récemment, une étude américaine
publiée dans l’un des magazines
américains les plus renommés
démontrait que l’environnement -
et dans ce cas précis la télévision - a
une grande influence(1) : depuis
1975, 707 familles ayant à cette date
des enfants de 6 ans ont été observées
et interrogées sur leurs habitudes
concernant la télévision. Plus tard,
une nouvelle recherche fut entreprise
pour savoir combien de ces adolescents
et jeunes adultes étaient
devenus vraiment violents, c’est-à-dire
en étaient venus à agresser des
personnes ou à participer à des
attaques à main armée.
Le résultat
de l’étude met clairement en évidence
que, pour les jeunes gens, plus la
durée quotidienne passée à regarder
la télévision était importante, plus
ils s’adonnaient à la violence. 25% la
regardaient de une à trois heures
par jour. Le même phénomène a été
également observé chez les filles,
mais à plus petite échelle. Parmi celles
qui la regardaient de une à trois
heures par jour, 10% firent preuve
de violence.
Dans cette analyse,
d’autres facteurs qui influent sur la
prédisposition à la violence furent
pris en considération : la négligence
dont ils furent victimes pendant
l’enfance, la violence dans le voisinage,
les problèmes psychiques des
enfants, le manque d’éducation des
parents eux-mêmes. Il faut ajouter
qu’aux Etats-Unis 60% des émissions
télévisées comportent des scènes
brutales. La proportion des actes de
violence est encore plus élevée dans
les programmes pour enfants !
Cette
enquête démontre clairement que
l’environnement - ici la télévision -
contribue de façon déterminante à
entretenir la violence. Alors, que
faire ? Il est certain qu’il serait bien
plus utile de produire des films incitant
la jeunesse à développer leurs
aptitudes et leurs capacités constructives.
Le mal ne vient-il pas du seul
fait que les adolescents ne savent pas
quoi faire, s’ennuient et suivent le
mauvais exemple ?
La recherche du bonheur
Indépendamment des conditions
d’environnement, il est notoire
que les gens qui donnent un sens à
leur vie, tendent moins, voire pas du
tout à être violents. Mais comment l’homme peut-il
être heureux ?
Il ressort d’études
scientifiques concernant cette question
qu’il existe deux bonnes bases
pour atteindre le bonheur personnel.
La première est la spiritualité. Celui
qui cherche le sens de la vie et le
trouve dans le développement des
valeurs intérieures est sur le chemin
du bonheur.
La deuxième base pour
connaître un bonheur profond et
satisfaisant est de remplir une belle
tâche. Celui qui se concentre sur une
telle tâche et en obtient des résultats
couronnés de succès peut oublier
bien d’autres choses. (2)
Le sens de notre vie consiste dans
le développement de nos qualités
spirituelles. Tout le reste qui n’est
pas en rapport avec l’âme, donc
avec la personnalité, le moi, disparaît
avec la mort du corps. Mais l’être
véritable survit (3). Au cours de son
existence, il doit évoluer et mûrir
pour devenir une personnalité
responsable, secourable, juste et
bonne, sans toutefois négliger le
corps qui lui permet de vivre sur
terre.
Notre noyau spirituel immortel,
l’esprit, s’exprime par l’intuition. La
conscience qui y est liée nous indique
ce qui était bon dans nos actes,
et nous rend joyeux, ou nous rend
triste et déprimé quand nous avons
commis une erreur, ce qui nous
permet de prendre la ferme décision
de mieux faire à l’avenir.
Si nous appliquons cette observation
à l’éducation des enfants et
des jeunes, cela signifie qu’il faut
renforcer leur conscience des valeurs
intérieures et leurs facultés intuitives.
Un enfant qui est sensible au bien-être
de l’autre et à ce qu’il ressent
aura moins tendance à être violent
que celui qui ne veut satisfaire que
ses propres désirs. C’est donc cette
prise de conscience indispensable des
conséquences de ses propres actes
qui manque souvent.
Il est intéressant
de savoir qu’après l’étude de 2500
heures de programmes télévisés aux
Etats-Unis, il ressort que dans 73%
des cas l’auteur de brutalités n’est
pas puni, et que plus de la moitié
des actes de violence ne sont pas
présentés comme étant source de
préjudice et de souffrance pour autrui.
C’est sans doute grâce à leur
sensibilité naturelle, plus forte par
rapport à celle des garçons, que les
filles, malgré l’influence de la télévision,
sont moins enclines à la violence.
L’idéal est donc d’établir un lien
entre une vie remplie de sens et de
valeurs et la deuxième voie vers le
bonheur déjà mentionnée, c’est-à dire
se consacrer intensément et
avec succès à une tâche exigeante
sans perdre de vue les intérêts de son
prochain.
Jouer de la musique
Pour les jeunes, il est précieux de
tendre vers des buts concrets et
d’être créatifs. Pour les parents et les
enseignants, reconnaître ce qui
enthousiasme les enfants et leur
procure une joie intérieure est un
défi. L’utilité de jouer d’un instrument
a fait ses preuves.
Au Venezuela, on retirait de la
rue les enfants qui ne voulaient pas
aller à l’école en leur offrant un instrument
de musique. Ils l’obtenaient
à la seule condition de jouer dans
un orchestre ; le résultat fut impressionnant.
Non seulement le Venezuela
est le pays qui compte aujourd’hui
encore le plus grand nombre
d’orchestres de jeunes, mais les enfants
retournèrent bientôt à l’école, et la
pratique de la musique les fit progresser
dans leur travail.
Dans les écoles primaires berlinoises,
le professeur H.G. Bastian
entreprit une longue étude qui dura
de 1992 à 1998.
La pratique de la musique favoriserait la tolérance
Il compara deux classes, dans l’une
on donnait à chaque enfant un instrument
de musique et dans l’autre
aucun. Il en résulta que la pratique
de la musique favorisait la tolérance,
et l’acceptation de l’élève dans la classe;
le comportement social s’améliora
pendant que la tendance à la violence
et au vandalisme diminuaient.
Par ailleurs, l’intelligence des
élèves musiciens progressa et dépassa
le seuil de la moyenne.
Le célèbre violoniste et pédagogue
Yehudi Menuhin affirme que
les enfants n’ont pas besoin d’avoir
un instrument dès le début. Il leur
suffit de chanter et de danser. Le
ministre de l’éducation britannique
lui demanda un jour d’où venait
qu’une école située dans un quartier
de Londres réputé pour avoir les plus
grandes difficultés sur le plan social,
n’avait aucun problème avec la police.
Yehudi Menuhin l’informa que
les enfants y chantaient, dansaient et
apprenaient à composer selon un
programme bien défini.
Ces exemples montrent de façon
saisissante l’effet produit par la pratique
de la musique. Par ailleurs, il
serait assurément bon que les élèves
prennent de l’exercice régulièrement
entre les cours, qu’il y ait chaque
jour du temps pour la gymnastique
et les jeux, car le fait d’être assis
longtemps et de ne solliciter que le
cerveau demande une compensation.
L’exemple suivant montre distinctement
la valeur d’une tâche
concrète.
On demanda à la gérante d’une
entreprise de nettoyage de Bâle de
nettoyer les locaux d’une maison de
correction. Lors de la première visite,
il lui apparut clairement qu’elle ne
pouvait exiger un tel travail de ses
employés.
Aussi demanda-t-elle aux jeunes
eux-mêmes et à leurs éducateurs de
les aider. Et elle réussit pleinement à
faire découvrir à ces jeunes que
même le nettoyage peut procurer
du plaisir. Lorsqu’elle revint pour
la seconde fois, ils avaient repeint et
décoré d’eux-mêmes le vestibule, et ce
n’était pas avec des scènes effrayantes,
mais avec des pâturages où paissaient
des vaches.
Que peut-on retenir ?
Pour que la violence régresse, il
est primordial que les enfants et
les jeunes apprennent à cultiver
leurs facultés intuitives, donc à être
attentifs à leurs délicates impulsions
intérieures. On peut atteindre ce but
en se mettant à la place de l’autre, en
se représentant comment il se sent à
ce moment-là.
Cette réflexion peut conduire à
des décisions remarquables. On
connaît par exemple l’histoire d’une
fillette de dix ans très malade, qui
apprit qu’elle pouvait recouvrer
totalement la santé si on lui greffait
l’organe d’une autre personne. Tout
d’abord, la fillette ne sut pas si elle
devait accepter. Alors qu’elle exécutait
un dessin et que par son intermédiaire
elle prenait conscience de la
situation du donneur, elle comprit
que quelqu’un devait mourir pour
elle, et elle refusa.
Se faire une image d’une situation
ou d’un fait est la seule condition
pour saisir et comprendre en profondeur.
On dit «apprendre par
coeur» - c’est-à-dire avec le coeur.
Au fond, cela signifie rendre un
événement ou un récit vivant en soi
de façon telle qu’il est ressenti comme
vécu et qu’il ne peut être oublié. Par
exemple, quand les parents parlent
avec leurs enfants des scènes de
violence de la télévision (car il n’est
pratiquement pas possible d’éviter
qu’ils les voient) et des conséquences
qui en découlent, le processus de
sensibilisation est engagé et pourra
être approfondi.
Les enfants et les adolescents ont
tout particulièrement besoin de
soutien pour découvrir ce qu’ils aimeraient
faire, compte tenu de
leurs buts dans la vie. Ils veulent
être encouragés et même stimulés.
Leur initiative personnelle ne doit
pas être entravée par les parents et
les enseignants.
Pour animer leur esprit, donc
éveiller leur intuition, la pratique de
la musique ou de toute autre forme
d’activité créatrice est d’une grande
aide. A ce sujet, la relation avec des
animaux sera de même d’un grand
secours, comme le montre l’exemple
qui suit.
Un instituteur muté dans
une école de campagne avait espéré
y rencontrer moins de violence que
dans la ville d’où il venait. Il constata
d’abord qu’il s’était trompé, mais
lorsqu’il amena ses deux braves
chiennes à l’école, il se produisit un
changement. Les élèves évacuèrent
leur ennui et leur stress en s’occupant
des animaux. Même les plus
violents d’entre eux purent, sans
perdre la face, aller vers les chiens et
jouer avec eux. Il en résulta des
cours plus gais dans une ambiance
plus détendue.
Bibliographie :
1- J.G. Johnson, collectif : science
2- U. Hartmann, collectif : cerveau et esprit
3- Abd-ru-shin