@ Savoir spirituel

La voyance et la médiumnité : possibilités et limites

Actuellement, chaque fois que la conversation se porte sur la voyance, elle attire les moqueries, parce que ce don est le plus souvent considéré comme du charlatanisme. Cette aptitude, enveloppée de mystère, n’est – du moins en apparence – pas prise au sérieux, bien qu’elle exerce une influence considérable sur la vie quotidienne de nombreuses personnes. Les voyants font monter l’audimat de la télévision, et la diseuse de bonne aventure du coin de la rue fait généralement de bonnes affaires.

Pourquoi certains peuvent-ils être sensibles à des perceptions qui restent inaccessibles à d’autres ? Un tel don existe-t-il ? Et si c’est le cas, qu’est-ce qui est vu et entendu ? Quelles sont les possibilités de perception du voyant et où sont ses limites?
Auteur: Werner Huemer
Le phénomène de la voyance
La faculté de percevoir une chose qui n’est pas perceptible à nos sens physiques, et qui ne peut être vérifiée par des moyens technologiques implique, si elle existe, que des réalités non matérielles existent aussi. Celui qui ne croit qu’au terrestre et au tangible ne peut accepter l’idée de la voyance.

Cependant, beaucoup de choses parlent en faveur de l’existence de réalités non-matérielles de «l’au-delà», c’est-à-dire de ce qui est «au-delà» de nos sens physiques. Tout d’abord, il y a notre propre monde intérieur, comme la chaleur de nos sentiments, nos pensées et notre conscience. Tout ce qui fait que notre vie est digne d’être vécue – notre conscience, la volonté consciente de notre propre moi – est, à l’évidence, d’une autre nature que le monde matériel extérieur. Or, former son environnement selon son monde intérieur est particulier à l’être humain. De cette façon, nous sommes continuellement reliés à deux mondes – le monde qui se trouve de ce côté-ci, et le monde qui est au-delà de nos cinq sens.

Nous sommes donc tous capables d’avoir accès à des plans non matériels et d’entrer en contact avec eux. Mais étant donné que nous considérons les pensées, sentiments et perceptions comme nous étant seulement intérieurs, et non comme faisant partie de notre environnement visible, nous ne leur accordons souvent aucune réalité – alors que ce sont des éléments qui ont leur importance dans notre vie.
L’environnement de matière subtile Ce que l’on appelle le monde de matière dense, c’est-à-dire notre planète Terre, notre patrie, est enserrée dans son environnement de matière plus fine, dotée de plusieurs désignations, telles que le «monde astral», et plus récemment «les champs morphogéniques».

Au-delà des différentes représentations engendrées par ces concepts, l’important est de savoir que cet autre monde qui nous environne est en réalité constitué de nombreux plans ou mondes de différentes densités. Ces plans sont décrits dans le Message du Graal de Abd-ru-shin :

«Considérés de bas en haut, nous trouvons le genre de matière dense, celui de la matière subtile, celui de l'essentialité et celui du spirituel. Chacun de ces genres se subdivise à son tour en de nombreux paliers, de sorte que l’on peut aisément confondre les paliers qui font encore partie de la matière dense de faible densité avec ceux qui font déjà partie de la matière subtile de forte densité. Les transitions sont tout à fait imperceptibles. Les activités et les processus qui se déroulent sur ces plans intermédiaires ne sont pas, comme on pourrait le penser, solidement reliés, mais ne font que s'engrener les uns dans les autres.

Sur chacun de ces paliers se manifeste une vie d'un genre différent. L'être humain reçoit une enveloppe provenant de chacun des genres de la création situés au-dessous du spirituel. Le noyau proprement dit est spirituel. Chaque enveloppe est comparable à un corps. L'être humain est donc un noyau spirituel qui prend la forme humaine au cours de son évolution vers l’autoconscience. Au fur et à mesure qu’il évolue vers la Lumière, cette forme s'idéalise de plus en plus pour en venir finalement à la beauté la plus parfaite. Par contre, s’il évolue vers le bas, c’est l’inverse qui se produit, et cette forme va jusqu’à revêtir les déformations les plus grotesques. (…)

L'être humain qui séjourne sur Terre, autrement dit dans la matière dense, porte simultanément les enveloppes de tous les genres de la Création. Chaque enveloppe, donc chaque corps appartenant à ces genres différents, dispose aussi de ses propres organes sensoriels. Les organes de matière dense, par exemple, ne peuvent exercer leur activité qu’au sein d’un environnement de genre identique au leur, c’est–à-dire dans la matière dense. Un développement plus poussé sur ce plan offre, dans le meilleur des cas, la possibilité de percevoir jusqu'à un certain point la matière dense de faible densité.

Cette matière dense de faible densité est nommée «astral» par ceux qui s'occupent de ces questions.» («Les différents genres de voyance», Message du Graal tome 2)
L’erreur de la voyance Il devient évident à la lecture des explications du Message du Graal que de nombreux types de perception des autres mondes sont possibles : en principe, on peut «voir» la matière dense de faible densité (l’astral), la matière subtile, l’essentialité et le spirituel. Cependant, la perception de la plupart des voyants ne dépasse pas les environs les plus denses de la Terre.

Dans la conférence «Les erreurs de la voyance», Abd-ru-shin donne une image pour expliquer à quel degré se situe leur perception : «Ce que ces gens voient est, pour les plus avancés et dans le meilleur des cas, le deuxième degré de ce que l’on appelle l’au-delà, pour autant que l’on veuille le diviser en paliers (au lieu de sphères); en pareil cas, la Lumière se situerait environ au vingtième palier, et cela rien que pour avoir une image approximative de la différence entre sphère et palier.»

Il est très important de connaître cette précision, parce que les capacités de voyance sont généralement surestimées. On accorde immédiatement à celui qui entend ou voit quelque chose qui n’est pas accessible aux autres, une sorte d’omniscience reconnue parce qu’on lui suppose des contacts étroits avec les plans spirituels. Faire naître de fausses espérances est une grave erreur, car la voyance n’est qu’un don spécifique qui fait temporairement de la personne concernée un instrument, un médium, dont le but est d’établir un échange plus étroit entre ce monde et l’au-delà.

Il n’y a donc aucune raison de considérer les voyants comme étant beaucoup plus évolués que les autres.

«Dans la plupart des cas la “voyance” est certes réelle, mais elle ne constitue nullement un phénomène particulier digne de susciter l'étonnement et encore bien moins de donner le frisson. À vrai dire, elle devrait en effet être un état tout naturel, est-il dit dans la même conférence. Mais elle ne reste naturelle que lorsqu’elle surgit spontanément et qu’on la laisse tranquillement poursuivre sa véritable évolution, sans intervention étrangère ou personnelle.

Une intervention en ce domaine est tout aussi condamnable que le serait une intervention lors de la mort physique.»
L’émergence d’un don… La vraie capacité de voyance se développe naturellement, et se manifeste généralement dès l’enfance, comme pour Petra Rahlfs. Etablir le contact avec l’autre monde équivaut à ouvrir les yeux de l’âme. Le voyant peut voir les morts et les décrire de façon presque tangible, si bien qu’il ne comprend pas pourquoi les autres ne voient rien ou pourquoi les proches pleurent leurs défunts comme perdus à jamais.

Voir des esprits, et pas seulement ceux que l’on a connus, mais aussi de parfaits inconnus qui s’approchent, est parfois si réel que celui qui voit ne ressent aucune peur et n’a pas l’impression de voir quelque chose de supranaturel. La voyance peut également se traduire par une perception infaillible des dispositions de la pensée d’autrui. Les yeux de l’âme voient les êtres spirituels qui nous entourent, les yeux physiques ne jouent ici aucun rôle ; «on voit même des êtres qui se trouvent derrière nous», dit un médium.

Les esprits donnent, à ceux qui le demandent, des conseils sur des événements courants de la vie et des indices sur le futur, alors que la situation du consultant n’est la plupart du temps pas connue du voyant.

Beaucoup de personnes essaient de cultiver artificiellement – en dépit de tous les avis contraires – des dons de voyance faibles ou pratiquement inexistants.

Cette façon d’agir n’engendre, en fin de compte, que des problèmes parce que : «Un être humain pourvu du don le plus élevé ne peut jamais vraiment voir plus loin que ne lui permet sa propre maturité intérieure. Il est en ce domaine étroitement dépendant de son état intérieur ! Naturellement, il lui est tout simplement impossible de voir autre chose que son propre genre, et de le voir effectivement.» («Les erreurs de la voyance», Message du Graal tome 2)
La qualité et l’étendue de la voyance La qualité et l’étendue de la voyance correspondent donc toujours au degré intérieur de maturité de la personne, et aucun entraînement de quelque don que ce soit ne garantit que cette personne se développe en même temps spirituellement. Bien au contraire, dans un environnement où le savoir superficiel et le sens de sa propre supériorité sont aussi répandus que dans ce domaine, il y a grand danger de commettre des erreurs déclenchant de sérieuses et graves conséquences.

Par exemple, si un voyant a reçu un jour des images provenant de plans élevés de la Création, il en conclut souvent à tort qu’il aura toujours accès à ces plans : «Ces images sont en apparence tellement vivantes qu’il est personnellement incapable de distinguer ce qui lui est seulement montré de ce qu’il vit effectivement. Le vouloir d’un esprit plus fort possède en effet la faculté de former des images aussi vivantes.

Il peut donc se produire que de nombreux voyants et clairaudiants s'imaginent se trouver, durant leurs incursions dans l'au-delà, considérablement plus haut qu'ils ne le sont en réalité. Telle est l’origine de tant d’erreurs !

De même, lorsque certains s’imaginent voir ou entendre le Christ, c’est là une grave erreur ! Compte tenu de l’abîme gigantesque que constitue l'absence d'affinité, ce serait là une chose absolument impossible selon les lois de la création émanant de la Volonté divine ! Le Fils de Dieu ne saurait venir dans un cercle de spirites comme s’Il y était invité à prendre le café afin de faire plaisir à l’assistance en l’honorant de sa présence. Les grands prophètes ou des esprits supérieurs ne le pourraient pas davantage.

Circuler dans l'au-delà de façon si assurée au cours de sa vie terrestre pour entendre et regarder sans voiles tout ce qui s’y déroule, et peut-être même pour en gravir prestement les échelons, voilà qui n’est accordé à aucun esprit humain encore retenu dans les liens de la chair et du sang. La chose n'est pas aussi simple, en dépit de son grand naturel. Elle demeure soumise aux lois qu’on ne saurait éluder.» («Les erreurs de la voyance», Message du Graal tome 2)
Que peuvent voir les voyants ? Une autre difficulté réside dans le fait que les personnes douées de voyance ne font souvent pas la différence entre des images vivantes et la réalité de l’au-delà, pas plus qu’entre les faits objectifs et les formes pensées de matière subtile. C’est ainsi que les indications reçues se révèlent tout à fait sujettes à caution.

Pour comprendre la voyance et ses limites, il faudrait non seulement connaître les différents plans subtils et les différents genres de voyance, mais encore avoir véritablement pris conscience que ces plans particuliers influent profondément sur l’ensemble de notre existence.

Il est facile de comprendre que chaque être humain qui meurt quitte ce monde terrestre pour naître simultanément dans le monde subtil, sur un plan qui correspond à sa densité, c’est-à-dire à sa lourdeur psychique. Nous vivons l’expérience inverse lorsque nous venons du monde de l’au-delà pour naître dans le monde de matière dense.

Ces liens avec l’autre plan nous aident à comprendre qu’il est possible à des personnes douées de médiumnité de percevoir, grâce à leurs sens plus subtils, des esprits de l’autre monde, et de communiquer avec eux. C’est le degré de maturité du clairvoyant qui détermine finalement les différents plans – et par conséquent aussi les différentes sortes d’esprits – avec lesquels une communication est possible.

Qualitativement, le savoir communiqué peut être très différent. En effet, un esprit qui vit dans l’au-delà ne connaît bien que ce qui correspond à son propre savoir sur ce plan. Le fait de ne plus être dans un corps physique ne lui donne pas un aperçu plus vaste des événements de notre monde.

Être voyant ne signifie pas seulement percevoir des désincarnés qui ne sont plus dans leur corps physique, mais c’est aussi entrevoir diverses scènes ou événements. Cela n’a rien de surprenant, si l’on sait que l’environnement de matière subtile est très influencé et formé par l’activité de nos pensées, tout comme nous formons et façonnons le monde de matière dense par nos actions et nos agissements terrestres.
Reconnaître les possibilités et les limites de la claivoyance Le Message du Graal décrit comment nos pensées intuitives prennent automatiquement forme dans la matière subtile, et comment nous forgeons notre propre environnement dans l’au-delà, auquel nous sommes continuellement reliés. Nous considérons à juste titre le monde intérieur de nos pensées et de nos intuitions comme inséparable de notre personnalité, mais la plupart des gens ne reconnaissent pas à quel point ce monde invisible est vivant, combien il est capable de nous élever ou de nous entraver, de nous rendre heureux et de nous inspirer ou de nous paralyser.

Beaucoup de voyants ou de médiums valables savent voir l’environnement de matière subtile de quelqu’un et reconnaissent les liens que celui-ci a déjà tissés par ses actes dans l’environnement immatériel. Ce peut être quelque maladie latente ou un changement fatidique. Étant donné que dans la matière dense de forte densité le déroulement des événements suit ce qui existe déjà dans la matière subtile, chaque action est le résultat d’une pensée, et le voyant arrive ainsi à «voir dans le futur». Dans certaines circonstances, il est concevable que le médium perçoive quelque chose qui ne s’est pas encore manifesté physiquement.

Il faut préciser ici que nous ne devons pas en conclure que notre futur est prédestiné pour toujours : tous les fils de matière subtile que nous avons tissés au cours de notre développement sont la moisson de notre individualité, qui est elle-même acquise par les différentes décisions de notre vouloir. Mais nous pouvons à tout moment changer, et prendre d’autres décisions qui modifieront alors le cours de notre destin.

Un médium fait parfois des erreurs d’interprétation. Par exemple, il ne perçoit pas le futur formé dans le subtil par la personne concernée mais il capte seulement ses désirs les plus prononcés. Il peut également mal interpréter des images de l’au-delà : un brusque changement ou un bouleversement dans la personnalité spirituelle sera perçu comme une «mort». Même si le clairvoyant a en partie compris, l’interprétation, passant par le cerveau, est quelquefois traduite de façon purement intellectuelle et sera totalement faussée.

Enfin, le voyant a aussi parfois accès à d’autres plans, et voit les événements du passé, car chaque changement de forme laisse son empreinte et s’enregistre dans la mémoire du temps. C’est pourquoi, dans certains cas, il est bon de consulter un clairvoyant possédant de telles capacités, parce qu’il arrive à éclaircir des crimes. Mais de nos jours, cette pratique est très rare.

Notre pensée par trop matérialiste nous empêche généralement, étant donné que nous n’avons pas une vision claire de l’activité de la Création, de reconnaître quelles sont les possibilités et les limites de la clairvoyance.

Werner Huemer
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